WELLS (H. G.)


WELLS (H. G.)
WELLS (H. G.)

Romancier, journaliste, auteur de nombreux ouvrages d’imagination, de vulgarisation scientifique ou de propagande politique, Wells fut une des figures les plus représentatives de l’Angleterre au début du XXe siècle. Son œuvre, très populaire de son vivant, resta longtemps négligée après sa mort, mais des travaux récents ont contribué à la remettre en lumière. Plus qu’au prophète de l’État universel, on s’intéresse maintenant au romancier de la société édouardienne et au créateur de la science-fiction moderne.

L’évolution de Wells

Né à Bromley (Kent), issu d’un milieu très modeste, Herbert George Wells connut rapidement la célébrité grâce à ses romans et à ses nouvelles de science-fiction. Influencé par T. H. Huxley, disciple de Darwin, il transposa au niveau de l’imaginaire les perspectives nouvelles ouvertes par la théorie de l’évolution naturelle. L’ampleur de ses visions et ses qualités d’imagination lui assurèrent un succès mérité: La Machine à explorer le temps (The Time Machine , 1895) et La Guerre des mondes (The War of the Worlds , 1898) comptent au nombre de ses livres les plus remarquables. Ces œuvres de jeunesse se caractérisent, en général, par l’extrapolation d’hypothèses scientifiques dont Wells imagine et développe les conséquences. Ne reposant sur aucune idéologie systématique, elles aboutissent à présenter sous un jour nouveau, souvent critique, divers aspects du monde victorien. En ce sens, Wells faisait œuvre d’iconoclaste, tout en sachant que les idées qu’il lançait à la face de la société victorienne ne risquaient guère de l’ébranler.

Vers 1900 se situe le premier grand tournant de sa carrière: il renonce à la science-fiction pour deux genres différents et complémentaires. Anticipations (1901) fut le premier d’une longue série de livres dans lesquels Wells essaya de prévoir, avec une fortune diverse, les formes de l’avenir. À ce rétrécissement du champ de sa vision correspondirent des tentatives d’action politique en faveur du socialisme. Les controverses qui naquirent de ses interventions au sein de la Société des Fabiens contribuèrent à répandre largement les idées socialistes en Angleterre. À la même époque, il se tourna vers des formes romanesques plus traditionnelles, dans lesquelles l’humour n’atténue pas toujours une critique sociale très incisive. Fondés en grande partie sur des éléments autobiographiques, Kipps (1905) et Tono-Bungay (1909) offrent la peinture d’un monde où toutes les valeurs établies chancellent, et constituent d’inestimables documents sur l’Angleterre édouardienne, en même temps que des romans d’une grande richesse.

Au cours des années qui précédèrent la Grande Guerre, la renommée de Wells ne cessa de grandir: romancier célèbre, apôtre du socialisme, critique des mœurs et des institutions de son époque, il devint le porte-parole des jeunes générations qui en firent le vivant symbole de l’opposition au monde victorien. En un temps où les valeurs les mieux établies se trouvaient mises en question et où apparaissaient les signes d’une inquiétude grandissante, la vision de Wells, fondée sur la quête des fins de l’espèce, définies en termes de biologie évolutionniste, semblait proposer à l’individu un idéal neuf et exaltant.

La Première Guerre mondiale entraîna chez lui un profond changement d’attitude. D’abord violemment militariste, Wells s’aliéna la sympathie d’une grande partie de son public. À partir de 1916 il fit soudain volte-face et, après avoir exprimé la confusion et la consternation que faisait naître en lui la poursuite de la guerre, il proposa, pour solution aux problèmes de l’heure, le recours à une divinité assez vague dont il entreprit, sans grand succès, de définir les traits dans Dieu, le roi invisible (God, the Invisible King , 1917).

Avec la guerre se termina pratiquement sa carrière de romancier: de plus en plus la littérature devint pour lui instrument de propagande au service d’une cause politique. Persuadé que le seul moyen d’éviter un conflit qui risquait de mettre un terme à l’espèce humaine était de créer un État universel dirigé par une élite de savants et de techniciens, Wells consacra le reste de sa vie à tenter d’éduquer ses contemporains et à essayer de les convaincre de la nécessité d’abolir les nations. Malgré l’exceptionnel succès commercial de L’Esquisse de l’histoire universelle (The Outline of History , 1920), son influence directe sur la vie politique fut peu importante. Déçu, aigri, Wells mourut à Londres laissant une œuvre immense, après avoir annoncé au monde que les jours de l’espèce humaine étaient comptés et sa fin proche.

Les idées de Wells

En dépit de ses nombreuses déclarations, Wells n’a jamais eu un esprit scientifique: ses idées naissent de ses goûts, de ses instincts profonds, de ses désirs personnels, plutôt que d’un raisonnement rigoureux. Elles sont la conséquence d’une découverte que fit Wells, avant de la placer dans la bouche d’un de ses personnages: «Si le monde ne vous plaît pas, vous pouvez le changer.» La leçon du darwinisme les colore, et leur ambiguïté fondamentale tient à l’existence, chez Wells, de deux éléments contradictoires: d’une part, la conscience de la fin inévitable vers laquelle se dirige l’univers, d’autre part, le désir de façonner un monde plus heureux, en modifiant le cours de l’évolution naturelle par le jeu de la volonté.

Ses idées politiques sont typiquement anglaises. Wells détestait Marx et voyait dans la classe moyenne, et non dans le prolétariat, le fondement du monde futur. Pour lui, «le socialisme est un processus intellectuel et moral [...]. Il n’affecte le monde de la politique que de manière accessoire et accidentelle.» L’éducation doit amener l’individu à prendre conscience des problèmes posés par l’évolution et à se placer volontairement au service de l’espèce. Reposant sur des données biologiques, et négligeant l’économique, ce socialisme est élitiste, non démocratique: la démocratie doit disparaître car elle repose sur la démagogie, et le pouvoir doit revenir à une élite qui, étant amenée par sa fonction à se pencher scientifiquement sur les problèmes de l’espèce, se dégagera d’elle-même. Finalement, les barrières entre les nations seront abolies et un État universel gérera les ressources de la planète au mieux des intérêts de ses habitants. Les rapports entre individus se trouveront modifiés par la prise de conscience, chez chacun, des fins de l’espèce. Tous les interdits hérités de l’ère victorienne seront levés, pour autant qu’ils n’affectent pas l’avenir des enfants. Contrairement à une opinion très répandue, Wells ne s’est jamais posé en défenseur du progrès scientifique. La volonté, correctement guidée, devait seulement permettre d’utiliser les ressources de la technologie moderne pour mettre l’humanité à l’abri d’une évolution aveugle et lui ouvrir le chemin du millénium.

Wells aujourd’hui

Son message tient en une formule qu’il a répétée au long de sa vie: l’avenir de l’humanité est «une course entre l’éducation et la catastrophe». Obsédé par l’image de la fin du monde, il n’a cessé de mettre l’accent sur la nécessité d’un équilibre écologique et d’un système de gouvernement à l’échelle mondiale. En ce sens, sa réputation de prophète reste justifiée, même s’il s’est souvent trompé dans ses prédictions à court terme et n’a pas su définir les moyens de parvenir aux solutions qu’il préconisait. Son influence fut considérable, mais s’exerça plus dans le domaine des mœurs et de la vie en société que sur le monde de la politique ou de la littérature d’imagination. Son erreur principale fut sans doute de croire qu’il était plus urgent d’enrôler ses contemporains sous la bannière de l’État universel que de poursuivre son œuvre de romancier. Il reste cependant l’un des plus éloquents témoins d’un demi-siècle de vie anglaise et, par-delà ses dettes évidentes au victorianisme, sa vision apparaît étonnamment moderne dans sa perception des problèmes que pose à l’homme la nécessité de trouver un équilibre avec son milieu. Son œuvre d’imagination, animée par une inspiration qui déclina seulement après la Première Guerre mondiale, est aujourd’hui beaucoup plus vivante que ses ouvrages de propagande, souvent confus, et elle permet de comprendre pourquoi, après une longue éclipse, elle s’est imposée.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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